Les dayas

Les dayas sont localisées au sein d’un vaste territoire constituant un large front entre le Monde méditerranéen et le Monde saharien. Ce type d’habitat, à la limite méridionale absolue de la Région méditerranéenne, à quelques 500 Km à vol d’oiseau du littoral méditerranéen, offre l’avantage d’héberger les derniers et ultimes vestiges d’une végétation forestière.

En effet, grâce à la conjonction de facteurs mésologiques favorables (géologiques, topographiques et édaphiques), de remarquables irradiations phytogéographiques méditerranéennes constituent de véritables enclaves au sein des vastes étendues monotones sahariennes des regs et des hamadas. Ces sites restent les témoins d’un environnement exceptionnel, rares havres de verdure rafraîchissante, vers lesquels, aussi bien l’homme (voyageur ou pasteur) que l’animal s’orientent et où la halte est rendue agréable sous l’ombre du Pistachier de l’Atlas, une des rares espèces arborescentes de ces contrées pré-désertiques.

Le contexte écologique de ce type d’habitat réunit en un même site trois dimensions d’un système écologique spécifique aux confins saharo-méditerranéens :

  • un cadre physique homogène (sur les plans géomorphologique, climatique et édaphique) situé à la lisière septentrionale et nord- occidentale du Sahara algérien ;
  • un espace phytogéographique exceptionnel marqué par une végétation arborescente et arbustive où prédomine l’élément méditerranéen, enclavée au sein d’un espace saharien dominé par une végétation steppique ;
  • enfin un contexte socio-économique centré sur l’exploitation des ressources pastorales steppiques.

Les dayas, correspondent à des dépressions fermées, grossièrement circulaires et plus ou moins vastes (de quelques mètres à plusieurs centaines de mètre de diamètre), au sein desquelles se déversent et se concentrent les eaux de ruissellement.

L'accumulation des éléments les plus fins vers le centre de la daya permet la constitution d'un sol relativement profond (plus de 1 m de profondeur) et par conséquent le maintien d'un pourcentage appréciable d'humidité.

Sur le plan climatique et bioclimatique, les dayas sont soumises à un climat saharien. Les moyennes annuelles des précipitations oscillent entre 166, 5 mm au Nord (station de Laghouat) et 61, 6 mm au Sud (station de Ghardaïa).

Les données relatives à la température montrent des hivers froids (- 7,1 < m < -3,1°c), et des étés très chauds (44,6°c < M < 50,1°c).

Les dayas constituent les terrains de parcours traditionnels pour l'élevage ovin à caractère extensif, accessoirement caprin et camelin.

Ces potentialités pastorales, associées à des pratiques agricoles plus ou moins élaborées avec la mise en culture des fonds des dayas (cultures d’orge et de blé) et la cueillette, voir l’arrachage de végétaux à divers usages (notamment thérapeutique), déterminent les principales activités des populations. En outre, les dayas constituent l’unique source de bois à usage domestique.



Les dayas à Pistacia atlantica
(bétoum, pistachier de l’Atlas)


Appartenant à la famille botanique des Anacardiaceae (Therebinthaceae) qui est représentée en Algérie par 2 genres (Pistacia et Rhus), le Pistachier de l’Atlas (Bétoum, ou Botma) est connu sous le nom scientifique de Pistacia atlantica Desf.. Arbre dioïque, il existe des individus mâles et des individus femelles. Le pistachier de l’Atlas, espèce endémique figure parmi les plantes non cultivées protégées en Algérie.

Les dayas à Pistacia atlantica constituent des milieux exceptionnellement riches, dont l'intérieur est systématiquement mis en culture alors que le contour est étroitement délimité par une ceinture végétale où l’ensemble des espèces arborées et arbustives vivent en parfaite harmonie: les jeunes plants de Pistacia atlantica Desf., ne pouvant assurer leur survie que grâce à la protection de buissons épineux de Ziziphus lotus (L.) Desf. et de Rhus tripartitum (Ucria) DC. Les dayas se distinguent par un taux d’endémisme élevé et une richesse floristique remarquable où le Pistachier de l’Atlas constitue le témoin d’un passé plus humide.

La flore arborée et arbustive comprend : Coronilla Juncea subsp pomelii, Ephedra altissima, Ononis angustissima, Pistacia atlantica, Rhus tripartitum, Salvia pseudo-jaminiana, Teucrium campanulatum, Teucrium polium, Ziziphus lotus.


 

Daya à bétoum (Aïn Ben Khelil, Naâma) soumise à un vent de sable

Les dayas à Acacia raddiana

Au Sahara, les dayas de grande dimension constituent un habitat remarquable occupé par une «savane désertique» ou «forêt-steppe» dominée par Acacia raddiana Savi (Acacia tortilis H.). Dans la région de Taghit, de nombreuses dayas (« dayat Boutlea », « Talhat Bentouati » dont le nom vient du terme « talha » nom local de l’Acacia raddiana) constitue de véritables forêts à Acacia. Arbre utile pour son bois de bonne qualité, Acacia raddiana est abusivement exploité et mutilé.

Bien que sa croissance soit lente, le talha se régénère parfaitement. Ayant une aire de répartition tropicale, Acacia raddiana appartient à la famille des Légumineuses. Il est facilement reconnaissable à ses longues épines droites, à ses fleurs en forme de capitule et à ses gousses contournées en spirale.

La composition floristique et la densité de la végétation dépendent de la qualité de l’habitat. Les espèces les plus fréquentes sont :

Launaea arborescens, Acacia tortilis, Pennisetum dichotomum, Salvia pseudo jaminiana, Crotalaria Saharae, Haplophylum tuberculatum, Morettia canescens, Perralderia coronopifolia, Linaria sagittata, Picris coronopifolia, Launaea glomerata, Anvillea radiata, Bubonium graveolens.


Oglat Lahdeb (Taghit)

Les dayas à Tamarix articulata

Ce type d’habitat est représenté par des dépressions fermées constituant souvent, des zones humides non permanentes (Dayet Tiour dans la région de Taghit et Oglet Ed Daïra dans la région de Aïn Ben Khelil). Ce biotope se caractérise par une nappe phréatique peu profonde et par une végétation forestière à Tamarix articulata.

L’existence des dayas est sous la dépendance étroite de conditions édaphiques précises : présence d’une nappe phréatique permanente à faible profondeur, salinité et texture du sol, présence d'alluvions épaisses qui conservent une humidité constante.

Ce déterminisme édaphique justifie les potentialités d’utilisation et donc une exploitation abusive : destruction de la végétation naturelle au profit de périmètres de mise en valeur agricole (photo ci-dessous), coupe de bois pour usage domestique et de construction.


Oglat Ed-Daïra : Peuplement de Tamarix articulata avec
au premier plan une steppe à remth; au second plan le
« tapis de verdure » correspond à une régénération
de Tamarix articulata.


 

 

 

Les bulletins

    Extra Image

Extra Image

    Extra Image